Roberto Coda Zabetta

"Vérité"

23 November - 23 December 2012

 

 

 

 

 

L’âme blanche de Verdade


Légères, blanches et silencieuses. On s’en approche lentement, presque en craignant de franchir une frontière intime, privée. Ce sont les cinquante-deux panneaux de la série Vérité, complément essentiel au projet « Verdade » réalisé par Roberto Coda Zabetta pour le Musée d’Art Contemporain de Niteroi à Rio de Janeiro.
Apparitions, images de stupeur et d’interrogation. Brutalité et beauté. Mémoire et future. C’est sur ce binôme que se concentre la recherche artistique de Roberto Coda Zabetta et qu’elle trouve sa résolution dans les deux âmes qui composent « Verdade »: escudos et tables. Si avec les premiers, Zabetta nous mettait face à des visages comme des icônes hiératiques émergeant de vieux tissus entoilés, avec les panneaux, l’artiste nous introduit dans une dimension presque sacrée, ou des signes esquissés, des objets trouvés et des symboles de culte se mélangent de façon lyrique.

La coexistence d’une préciosité formelle avec le drame d’une référence conceptuelle définit depuis toujours l’oeuvre de l’artiste de Biella et est particulièrement évidente dans ce dernier travail. Admirable est l’approche de l’artiste au cadre en tant que suite naturelle de la superficie peinte. De simple ornement, celui-ci devient élément plastique capable de refléter la peinture, agissant sur sa perception et s’adaptant à celle-ci comme une deuxième peau. En revendiquant un art capable de dépasser la distinction traditionelle entre peinture et sculpture, Zabetta crée un unicum réalisé avec différents matériaux dans lequel la pose du plâtre, dernier acte pictural, efface tout référence à l’état réel pour cristalliser l’ensemble sous une couche blanche pure.
“J’ai voulu proposer une réflexion sur la peinture ancienne” explique l’artiste, et il le fait en adoptant pour la première fois la surface en bois délimitée par un cadre aux lointaines réminiscences du faste baroque. Les visages imaginaires sont renfermés par des cadres enrichis d’insolites éléments qui connotent l’âme représentée: lances originales, statuettes anciennes, corne, vases et objets de fouille qui rappellent les objets du quotidien brésilien. “Parce que la culture locale, me raconte Roberto, est profondément liée à ces objets” et sa volonté est justement celle de les imaginer comme ayant réellement appartenu aux personnes représentées. La pratique artistique de la culture de l’objet repose sur une longue tradition d’artistes, des toutes premières expériences Dada à travers le Pop art avec les célèbres combine-paintings de Robert Rauschenberg, aux plus récentes provocations de Maurizio Cattelan. L’intérêt artistique de Zabetta pour l’objet prend une portée presque rituelle et religieuse destinée à créer une dimension picturale-plastique d’une grande charge évocatrice. Ses personnages, d’héroïques desaparecidos, se baignent dans la toute blanche atmosphère onirique et refont surface finalement apaisés dans une dimension autre, loin des fracas du passé.
La peinture émotionnelle de sa production précédente laisse la place à une touche plus raide et au trait de crayon étincelant qui résument le centre de la composition dans le regard intense du sujet représenté.
Faisant référence à la peinture psychologique de la célèbre école de Londres, en passant par la peinture des collègues Cecily Brown et Philippe Pasqua, la touche de l’artiste dépasse ces derniers et devient un coup de couteau, une prise de photo, un geste qui mets à genoux la perspective de la figuration et de la vision.


Encore une fois le travail de Coda Zabetta se fait porteur, à travers la thématique sociale, de la plus haute expression de l’identité humaine, sève d’une inépuisable créativité et signe l’aboutissement d’un langage fortement symbolique dans lequel la concision des images révèle une surprenante plénitude poétique.
 

 

Teresa Meucci, historien de l’art

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